des problématiques adolescentes sur le territoire d’Aix-en-Provence.
Quelques 30 000 signataires[1] dénoncent le danger de l’approche des chercheurs de l’Inserm après la publication, en septembre 2005, d’un rapport d’expertise collective intitulé «Troubles mentaux, dépistage et prévention chez l’enfant et l’adolescent » qui souligne, en conclusion, «l'importance de la détection précoce des troubles du comportement ».
Les signataires qui se mobilisent autour de la pétition agissent non pas tant contre le repérage des troubles du comportement que pour l’usage qui pourrait être fait du recensement et de son caractère « prédictif », et redoutent que les dépistages chez les petits enfants âgés de 3 ans soient utilisés « à des fins de sécurité et d’ordre public ».
En effet, les orientations du rapport ont été reprises dans le rapport rédigé par le député Jacques-Alain Bénisti remis au ministre de l'Intérieur puis inséré dans l'avant-projet de loi sur la prévention de la délinquance. Interrogé par Le Figaro du 22 février 2006, Nicolas Sarkozy justifie le dépistage précoce des troubles du comportement pour éviter le basculement vers la délinquance et se défend contre les psychiatres qui estiment qu’on ne peut définir de norme à l’âge de 3 ans : « Tout le monde sait que, dès le primaire, des enfants violents peuvent terroriser une classe.(…) Beaucoup de délinquants ont eu un comportement violent dans leur jeunesse. Il faut prendre des mesures le plus tôt possible. Si l'on attend dix-huit ans c'est trop tard. Et de toute façon, notre responsabilité c'est d'aider tout enfant et tout adolescent qui a des problèmes à trouver une issue. » Le projet de loi prévoit ainsi plusieurs mesures préventives et répressives impliquant les familles et le milieu scolaire, telles que le repérage des difficultés des jeunes au travers de la Protection Maternelle et Infantile (PMI), dès la maternelle, et « en liaison avec la médecine scolaire, au-delà de 6 ans et jusqu'à la majorité », « l’initiation du corps enseignant aux disciplines permettant de détecter les troubles du comportement de l'enfant, avant de passer le relais aux professionnels », la revalorisation de l'internat dès le collège et la mise en place des internats de la réussite éducative avec un encadrement renforcé, la suspension des allocations familiales pour les parents démissionnaires.
Le rapport de l’Inserm stipule que l’on parle de troubles de conduite lorsqu’il s’agit de « comportements répétés et durables d'opposition, d'agressivité et de transgression des règles, pouvant aboutir à des actes de violence graves. C'est essentiellement la sévérité des symptômes et leur persistance qui conduit à envisager un trouble des conduites ». Pour autant, insiste, dans Libération, Bernard Golse : « Personne au monde ne peut prédire qu’un enfant de trois ans qui présente des troubles de conduite sera un délinquant douze ans plus tard ».
S’ils ne récusent pas l’aide que peut apporter une prise en charge éducative, psychologique et sociale lorsqu’un enfant présente des troubles du comportement, les signataires de la pétition appartenant aux professionnels de la petite enfance, pédopsychiatres en tête, s’insurgent en revanche contre toute équation qui pourrait être établie entre petit enfant (désobéissant, colérique, ou en difficulté relationnelle) et adolescent délinquant potentiel. Ils dénoncent en outre les propositions qui sont faites, dans le rapport, d’un recours aux traitements médicamenteux si les thérapies cognitivo-comportementales ne s’avèrent pas efficaces.
Interrogé sur l’usage des psychotropes chez des enfants de 2 ou 3 ans, Bernard Golse alerte sur le manque de recul dont on dispose à l’heure actuelle concernant les effets de ces derniers sur des structures cérébrales du jeune enfant : « Les antidépresseurs, anxiolytiques ou somnifères vont se fixer sur les cellules nerveuses (…). Aucune étude disponible chez l’humain ne nous permet d’affirmer qu’en troublant l’installation de l’appareil cérébral à cet âge-là, on ne risque pas d’induire des effets à long terme ». Si l’ensemble du rapport a été très controversé dans le milieu psy, la pétition dépasse aujourd’hui le monde médical, et circule désormais chez les enseignants et les parents.
Pour en savoir plus :
- Pétition sur le site :
www.pasdeOdeconduite.ras.eu.org
- Rapport complet sur le site www.inserm.fr
- Emission RIPOSTES du dimanche 5 mars 2006 sur le site www.france5.fr avec les commentaires de Christian Bréchot, Directeur Général de l’INSERM, Jacques-Alain Bénisti, Laurent Mucchielli, sociologue, Philippe Meirieu, Directeur de l’IUFM de Lyon, Philippe Jeammet et Catherine Graindorge, professeur en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent.
Sources : article de C. Prieur, Le Monde du 19/02/06, et article de D. Raizon du 28/02/06 pour Radio France International.
[1] Dont Pierre Delion, pédopsychiatre au CHU de Lille, Bernard Golse, pédopsychiatre à l'hôpital Necker, à Paris, Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, Christine Bellas-Cabane, présidente du Syndicat national des médecins de protection maternelle et infantile (PMI), Sylviane Giampino, présidente de l'Association nationale des psychologues, et François Bourdillon, président de la Société française de santé publique.
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